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I - UNE AMITIÉ A L’ÉPREUVE DU TEMPS
LITTERATURE
19 01 2020 - 16:34
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DANS LES PLIS DE LA VIE D’UN HOMME ORDINAIRE

I - UNE AMITIÉ A L’ÉPREUVE DU TEMPS

Ils étaient de caractères différents, mais unis comme deux doigts de la main. Fusionnels. Synchrones sur beaucoup de sujets, notamment politiques. Mahmoud était d’un comportement prudent et discret. Abbas était intrépide, méprisant les conventions de son milieu social, il abhorrait les idées reçues et les dénonçait chaque fois que l’occasion le lui permettait. Il n’était pas rare que Mahmoud conseille à Abbas l’impétueux de modérer ses propos et ses agissements. Ce qu’il ne repoussait guère que mollement, même s’il ne manquait pas de rechigner pour marquer son attachement à ce qu’il considérait comme ses principes auxquels il tenait des fois mordicus.

Leur amitié remontait à plusieurs années. L’internat où ils vécurent côte à côte trois ans durant et l’université à Rabat, très loin de leur milieu où ils voguaient aisément sereinement, avaient scellé leurs liens et établi implicitement mais solidement et indéfectiblement le pacte qui les unissait de façon à fondre leur liberté individuelle dans une espèce de dépendance mutuelle. Ils étaient devenus quasi inséparables. Vous cherchez l’un et vous trouverez les deux. Dorénavant ils se partageaient presque tout ce qui se situait en dehors de leurs cercles familiaux respectifs : depuis les secrets personnels, les amourettes, jusqu’aux cigarettes, les journaux ou les livres, en passant par les repas et la mobylette qui les transportait au restaurant universitaire.

Une telle fusion par le cœur et l’esprit n’était pas sans laisser exhiber leurs différences qu’ils mirent consciemment à profit pour équilibrer leurs décisions entre un caractère de nature impétueuse, fougueux, à la limite de la colère prompte à l’effusion et un tempérament enclin à la transigeance, à la modération, à accepter la réalité des choses qui, des fois, s’impose aux dépens de toute logique, justice ou équité. Deux pôles, l’un positif, l’autre négatif qui cohabitent pour fournir l’énergie utile.

Le temps, intransigeant, inflexible, immuable dans son cours, mais soumettant à la loi imparable du changement le reste du monde, n’épargna pas, bien évidemment, cette communion quasi-totale des idées, des cœurs et des âmes entre nos deux protagonistes. Les exigences et les nécessités de la vie délièrent la corde qui les attachait fermement. Chacun d’eux fit sa vie de son côté, à sa manière et selon ce que lui dictaient ses circonstances. Devenus quasi inconnus l’un à l’autre, ils se contentèrent de faire l’apologie de ce temps irrattrapable car appartenant au passé, ce passé qui n’existe que par les souvenirs, qui, toujours sous la suprématie du temps, deviennent évanescents.

»»» à suivre


art. n° 1155











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