II - ILS NE SE VOIENT PLUS... MAIS ILS S’AIMENT TOUJOURS
LITTERATURE
19 01 2020 - 16:35
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DANS LES PLIS DE LA VIE D’UN HOMME ORIDINAIRE
II - ILS NE SE VOIENT PLUS... MAIS ILS S’AIMENT TOUJOURS

Le hasard voulut que, en ma qualité de proche connaissance de l’un comme de l’autre de nos deux protagonistes, un jour j’eus une discussion à bâton rompu, sur nos passés respectifs, avec Abbas. Notre échange se déroulait en égrenant quelques vieilles photographies qu’il avait exhumées d’un vieil album, que le temps aidé par la moisissure, a altérées les couleurs même si quelques unes n’étaient qu’en noir et blanc. Soudain, il prit une petite pause ficha son regard dans une image teinte sépia, secoua sa tête dont le crâne ressemblait à un potiron garni d’une couronne de laine blanche, puis se tourna vers moi, la voix altérée par l’émotion, et m’apostropha : « sais-tu que je ne dispose pas de la moindre photographie avec, Mahmoud, mon meilleur ami, celui avec lequel, nous constituions dans notre jeunesse l’avers et l’envers de la même pièce? C’est vraiment bizarre ! Nos âmes étaient sœurs. Plus de 40 ans se sont écoulés depuis que nos chemins ont bifurqué et je ne saurais dire, à cet instant, si elles le sont toujours, ou ne le sont-elles plus. La lassitude introduite par le temps et l’éloignement ont fait tomber leur voile sur cette fusion de nos cœurs et nos esprits. Je ne saurais répondre exactement. Mes sentiments envers lui je les sens encore indélébiles, mais lorsque je forme le vœu de le revoir mes pieds vacillent et ma volonté ploie sous de fallacieux prétextes. Ah ! Je me remémore cet échange entre deux personnages de Phèdre :
– Oenone : « Ils ne se verront plus. »
–Phèdre : « Ils s’aimeront toujours.»
Je crois qu’on y est plein dedans. Et puis je ne sais plus où j’en suis... C’est peut-être l’âge... C’est sûrement l’âge et les vicissitudes de la vie qui ont rendu nos cœurs entortillés dans le passé lointain, celui de notre jeunesse, celui que nous pensons ne relever que de la fougue de la jeunesse et que l’âge de raison qui domine nos pensées depuis que nous avons atteint la maturité, confine dans la déraison.» Il releva la tête, planta un regard triste dans le mien qui trahissait ma curiosité d’en connaitre davantage. Puis il esquissa un sourire devineur et me dit : « Ah ! Nous avons eu des moments, certes simples, ordinaires et même je dirais banals, mais assurément inoubliables par la spontanéité de l’affection sincère, la tendresse, l’attachement à des idéaux, qui unissaient nos cœurs... Je vais te raconter quelques faits qui, pour moi, avaient fait événement dans ma vie et je suppose que dans la sienne aussi. » Un sourire vague illumina sa face barbue, puis il me débita ce que je vais vous restituer fidèlement, sans le moindre retranchement ou ajout, sauf les guillemets du début et de la fin pour délimiter ses propos.

« Tu sais très bien que de notre époque, certes beaucoup moins que durant l’époque de nos pères et nos grands-pères paysans, la vie était beaucoup plus difficile, au Maroc en général et à Ahfir, une bourgade paumée et sans ressources phénoménales, en particulier, que ne l’est aujourd’hui. Dans ce début des années 1970, même le téléphone était peu répandu, il était encore un luxe réservé aux riches, le fax était encore inconnu du moins au Maroc, et internet, on ne pouvait même pas l’imaginer, même si on était quasi- sûr qu’en l’an 2000 les hommes circuleraient au moyen de véhicules volants dans l’espace. Le fait que les américains avaient, en 1969, marché sur la lune nous encourageait à avoir cette vision du progrès scientifique et technique et l’évolution du monde qu’il induirait. On imaginait des tas de choses mais jamais un outil comme internet qui vous met l’ensemble du monde dans un écran entre les mains. Mais peu nous importait, on vivait selon nos moyens et jamais nous cherchions à surpasser ce que les circonstances dans lesquelles nous vivions nous offraient. Mais nous nous battions, avec ce que nous avions comme possibilités, pour un meilleur avenir pour nous, pour les nôtres et aussi pour notre pays. Il était, certes, difficile de vivre aisément à cause du manque de moyens matériels et d’horizons rétrécis qui se présentaient dans pratiquement tous les domaines de la vie que nous menions. On ne pouvait compter que sur nous-mêmes et notre débrouillardise. »

»» à suivre


art. n° 1158











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