III - L’INTERNAT
LITTERATURE
19 01 2020 - 16:36
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DANS LES PLIS DE LA VIE D’UN HOMME ORIDINAIRE
III - L’INTERNAT

« C’est à l’internat du lycée que notre amitié s’est consolidée. Certes nous nous connaissions depuis l’école primaire et un lien familial ténu liait son défunt père à ma grand-mère paternelle —que dieu ait leurs âmes en sa miséricorde—, mais l’enfer de l’internat resserra nos liens amicaux au point où nous pensions que nous ne pouvions nous en passer, plus de quelques heures, l’un de l’autre. Il nous suffisait d’être ensemble pour connaitre un état de plénitude. Quand il nous arrivait, par nécessité, de nous séparer je me sentais comme orphelin. Je hantais les endroits où nous nous rendions habituellement pour vivre son souvenir. J’avais développé une véritable addiction à sa compagnie.

Nos lits respectifs au dortoir de l’internat du lycée étaient côte à côte, on chuchotait nos derniers propos avant être emportés par le tourbillon du sommeil et ses rêves. Au deuxième niveau des lits superposés que nous occupions créchaient nos deux autres comparses du quatuor que nous formions, l’un comme l’autre de nationalité algérienne. L’un comme l’autre se distinguaient chacun d’une pratique matinale qui était rentrée dans leurs mœurs et dans nos habitudes. Celui qui couchait au dessus de Mahmoud, d’une taille qui nous dépassait tous au moins d’une tête, s’échinait à brosser une tignasse crépue, touffue et dont le bruit qu’il faisait en s’adonnant à cette besogne ressemblait étrangement à celui que faisaient les femmes cardant la laine. L’autre sa petite taille et sa carrure musclée, lui conféraient une stature trapue et presque carrée. Tous les matins il usait des lits du haut comme barres parallèles pour garder la forme. Au bruit de cardage répondait le grincement et le couinement des lits malmenés. L’un comme l’autre nous privaient, Mahmoud et moi, de quelques minutes de sommeil. Au début nous râlions, mais leur persévérance eut raison de nos protestations matinales.

Ah ! Mahmoud ! Peu disert, avec son flegme british, —c’est dans sa bouche que j’ai entendu ce terme pour la première fois— D’ailleurs, il était féru de la langue anglaise, dont il devint professeur à la fin de ses études universitaires et une année de formation à l’Ecole Normale Supérieure (ENS). Autant j’étais un livre ouvert de mes émotions, autant il était énigmatique avec tout le monde sauf avec le reste du quatuor et principalement moi. Il était le sage du groupe, celui qui départageait, arbitrait les discussions et les désaccords. Au réfectoire, il était le chef de table qui partageait les repas et faisait tourner le verre au milieu de la table pour désigner à qui reviendrait chaque part en fonction de la personne en face de la quelle le verre s’arrêtait de tourner. Il prodiguait les conseils et trouvait les solutions en cas de pépin. C’est lui qui s’ingénia à nous conseiller, pour pallier à l’insuffisance de la ration de pain que nous recevions au petit déjeuner, d’économiser sur la part du dîner. « La nuit est une pente, nous répétait-il.»

»» à suivre


art. n° 1167











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