Les longues années de famine
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14 05 2020 - 15:39
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Nos parents, qui ont connu les années 1930 et 40, ont été à jamais traumatisés par les épisodes tragiques de la longue période de disette et de famine qu'a traversée notre pays pendant une bonne dizaine d'années. Qui n'a pas entendu parler, au sein de sa famille, de cette triste période marquée par la misère, la famine, les épidémies, etc.? Tout cela était aggravé par les contraintes et les abus de la colonisation et ses répercussions négatives sur la situation matérielle, morale sociale et culturelle du peuple marocain traité alors de "population indigène".

C'est ainsi que les besoins générés par la guerre (1939-45) ont conduit l'occupant à puiser sur les stocks de vivres et de matières de première nécessité disponibles dans les colonies. Des réquisitions drastiques de produits ont ainsi été instaurées causant une pénurie dramatique chez nous. Le système de bons de ravitaillement fut mis en place, d'où ce que nos parents appellent " Aâm lboun " (année du bon).

Ce mode de rationnement concernait les produits de première consommation, principalement la farine, l'huile, le sucre et le savon.

Toutefois, ce qui a compliqué les choses, c'est que, d'une part, les quantités distribuées étaient en général modiques, et, d'autre part, la délivrance des bons se faisait par les autorités locales via les chioukhs et les moqaddems. Et là, la pratique de l'arbitraire et de la discrimination était la règle. Le simple et digne citoyen pouvait aisément être exclu selon l'humeur de ces auxiliaires d'autorité, alors que les colons et les notables étaient servis en priorité.

Dès lors, on saisit mieux la portée des histoires racontées par nos parents concernant cette sinistre période pendant laquelle la population fut réduite au dernier état de misère et d'abjection. Les gens ont dû consommer toutes sortes d'herbes, telles que "Guernina", "Hoummida", "Bgouga", etc. Par ailleurs, faute de sucre, ils ont eu recours à divers succédanés et ersatz comme les dattes, le miel, les carottes,...afin d'adoucir le thé (en fait de la menthe séchée) et le café (largement mêlé de pois chiche pour accroître la quantité).

La pénurie avait également touché le secteur de l'habillement et les gens étaient obligés de se couvrir avec pratiquement n'importe quoi. Cela fut d'ailleurs singulièrement aggravé par le manque de savon, ce qui a provoqué une situation lamentable au niveau de l'hygiène et de l'état sanitaire de la population.

Dans ces conditions, le taux de mortalité s'est considérablement accru durant ces années sombres. Les survivants de cette période lugubre sont vraiment des privilégiés.

Le témoignage des personnes encore en vie est une source très précieuse pour connaître certains aspects malheureux de notre histoire contemporaine. C'est un objet de recherche qui doit susciter l'intérêt de ceux qui veulent mener des études sur la situation politique, sociale et culturelle de notre pays sous l'ère du protectorat


art. n° 1487











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