LA TRAVERSEE
SOCIETE
02 09 2019 - 21:29
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Après avoir cessé de voyager de France à destination du Maroc par voie terrestre, pendant plus de 12 ans, le hasard a fait que je traverse, durant la première semaine du mois d’août 2019, la France et l’Espagne pour me rendre en voiture au Maroc. Quelle aubaine pour visiter, certes brièvement, ces pays et en faire la comparaison avec notre pays. Non pas en ce qui concerne le développement économique, social et politique, car nul n’ignore le gap qui nous sépare en ces domaines, mais juste au niveau de certaines infrastructures de base et , notamment en matière d’aménagements routiers qui intéressent au premier chef les milliers de nos compatriotes qui s’épuisent physiquement et même des fois psychologiquement pour se rendre dans leur pays auprès de leurs familles.

Nos grands axes routiers et autoroutiers n’ont, relativement, rien à envier à leurs similaires dans les deux pays traversés. Par contre, l’accompagnement de nos ressortissants lors de la traversée d’Espagne, qui est, selon la publicité orchestrée autour de l’opération « Marhaba » (« bienvenue ») qu’organise chaque année les services de la Fondation Mohammed V en vue justement de faciliter cette traversée et la rendre moins pénible, ne soutient absolument pas la comparaison. En France et dans une moindre mesure en Espagne, les installations respectives des deux pays pour assurer le confort nécessaire possible aux vacanciers et les voyageurs par route en général, dans l’ensemble ne suscite aucun reproche. Les aires de repos que ce soit celles organisées au sein des stations services ou en dehors de celles-ci sont d’une propreté impeccable et disposent de tout ce dont a besoin un voyageur pour se reposer se soulager (toilettes) et se rafraîchir (douches), et même des airs de jeux pour enfants.

Tout indique que c’est pour répondre aux besoins des marocains profondément imprégnés par leur culture d’origine et que c’est aussi un témoignage éloquent de l’importance qu’accorde le Maroc à ses ressortissants à l’étranger, que la Fondation Mohammed V eut l’idée d’installer, du moins à travers la moitié sud de l’Espagne, des airs de repos spécifiques par certains aspects pour justement faciliter la traversée de ce pays en leur fournissant des services qu’ils ne trouvent pas dans les autres aires de repos. L’idée est, certes, bénéfique cependant sa mise en œuvre laisse encore beaucoup à désirer et dénote un laissez- aller évident, notamment en matière de propreté des lieux et des aménagements.

Lors des haltes que nous faisions en territoires français et espagnols, Sauf à déroger à certains codes de la civilité, je n’aurais pas hésité à manger mon sandwich à l’intérieur des toilettes, tellement la salubrité y est irréprochable et les éléments sanitaires fonctionnels. Tout est dans un état de fonctionnement irréprochable (sèche-mains, robinets, distributeurs de savon, papier-toilettes, etc.). Le tout sous la surveillance vigilante d’un agent de nettoyage. Mais il m’était difficile de faire convenablement mes ablutions et accomplir correctement mes prières. Dès que j’aperçus la première annonce écrite en arabe d’une aire de repos réservée aux marocains se rendant dans leur pays, je jubilai. Je pensais tout enthousiasmé que durant cette dernière décennie surtout au vu et su de la publicité faite autour de l’accueil des marocains de l’étranger et aussi des réalisations infrastructurelles accomplies dans le pays, que ces marocains pouvaient légitimement bénéficier dès la moitié sud du territoire espagnol, d’un accueil aussi somptueux que le laisse apparaître la campagne de publicité menée tambour battant à travers les média.

Au vu de l’espace et des abris aménagés pour accueillir les automobiles et du mobilier disposé pour le repos des voyageurs, les choses donnent une bonne impression. Cependant, à mesure que l’on avance dans cet espace que l’on imagine compétitif aux aires de repos aménagées par les européens, l’espoir s’effiloche. Une espèce de baraque, à l’allure de lieu improvisé et où la salubrité est douteuse sert de sandwicherie, et de débit de boissons. Son menu se résume à des frites et à une friture de calamars. Dès que l’on se hasarde dans les endroits réservés à la salubrité et l’hygiène, la situation se révèle dramatiquement affligeante. Des robinets hors d’état de fonctionnement, des distributeurs de savon vides et cassés, un sèche-mains datant des modèles précurseurs en la matière complètement hors d’usage, des douches sales et dont la tuyauterie et la robinetterie sont entamées par la rouille... Le tout précédé d’une odeur pestilentielle qui empeste à plusieurs mètres à la ronde. Faute de mieux, on ne s’y rend que forcé par le besoin pressant, la respiration coupée, le temps de se soulager. Quand on se force de subir de telles atrocités psychologiques afin d’être en règle à propos des devoirs religieux, on se retrouve dans une salle de prière exiguë, dont la moquette est usée, en somme indigne, au niveau de la propreté, de l’accomplissement de cette obligation.

Entre la réalité et ce qu’une publicité abondante, que ce soit à travers les médias nationaux et la distribution d’une documentation faramineuse auprès des consulats du Maroc en Europe, laisse croire, il y a un abîme.

Je me hasarde à dire aux instances publiques compétentes en ce domaine qu’il s’agit d’une opération que la politique et le temps ont rendue éminemment connue. De ce fait une diminution même drastique du budget relativement faramineux qu’elles consacrent à la propagande destinée à vendre inutilement auprès des marocains cette opération, ne porterait aucunement atteinte ni à la circulation de l’information la concernant, ni à son image. Ce faisant, on dégagerait les fonds nécessaires pour rénover et mettre au niveau espéré de tels établissements caravansérails des temps modernes que nos compatriotes affectionnent parce qu’en plus de leur fonctionnalité, ils constituent des lieux de rencontres où le dialogue et l’échange entre compatriotes travaillés par la nostalgie du pays s’instaure rapidement.
C’est autour d’une table d’un service de restauration même provisoire mais digne de ce nom, d’un café ou même d’un distributeur automatique de boisson, après avoir purifié le corps et l’esprit dans un endroit réunissant les conditions nécessaires d’hygiène et accompli leurs devoirs religieux dans une salle convenable, que nos compatriotes s’informeront mutuellement sur les diverses questions qui les intéressent et facilitent leur voyage. Ainsi, ils auront trouvé les prémices de l’ambiance, la convivialité, et l’hospitalité qui leur ont manquées pendant plusieurs mois ou années et pour lesquelles ils ont supporté les affres d’un voyage qui dure au bas mot 36 heures sans relâche.

Oujda, le 25 août 2019


art. n° 696











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