ARISTOTE - LA MÉTAPHYSIQUE
OEUVRES
10 09 2019 - 20:12
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Philosophie antique

Aristote (384-322 av. J.-C.) est un philosophe grec. Disciple de Platon, il prend ses distances avec la pensée de celui-ci et fonde une école, le Lycée. Sa soif de savoir est immense : il s’intéresse à plusieurs disciplines, comme la logique, l’éthique, la politique, la physique, etc. et pose les premiers fondements de certaines d’entre elles. Il fut précepteur d’Alexandre le Grand. Son œuvre a eu une grande postérité, et a été transmise par la tradition arabe puis chrétienne.
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Résumé de : la Métaphysique
Aristote
La Métaphysique est un ensemble de 14 livres réunis non par Aristote lui-même, mais par le bibliothécaire Andronicos de Rhodes, après la mort de celui-ci. Le terme « métaphysique » n’est d’ailleurs jamais utilisé par Aristote, qui parle de « philosophie première ». Ce livre aux origines si troubles eut pourtant une grande influence sur la pensée occidentale.
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Métaphysique désigne communément ce qui est « au-delà du physique », c’est-à-dire ce qui n’est pas accessible à nos sens, ce qui se trouve au-delà du monde sensible.


Livre A
Aristote affirme dans ce premier livre de la Métaphysique que chaque homme a un désir naturel de connaître, et le plaisir pris aux perceptions des sens en est une preuve.

L’homme, à la différence des animaux, sait organiser son expérience, donc en profite infiniment plus. L’expérience n’est pas encore la science, mais science et art viennent de l’expérience. C’est en fait par l’abstraction de multiples expériences semblables, que l’esprit forme les notions générales et accède à la science.

Aristote défend l’expérience, et c’est peut-être en partie à partir de ce texte qu’on a eu tendance à opposer un Aristote empiriste à un Platon qui serait rationaliste : même on peut remarquer que les gens qui n’ont pour eux que l’expérience paraissent réussir mieux que ceux qui, sans les données de l’expérience, n’interrogent que la raison1.

La raison en est simple : l’expérience nous fait connaître les cas particuliers, la raison les notions générales, alors que dans l’action, on n’a affaire qu’au particulier. Le médecin ne soigne pas l’Homme, mais Socrate, tel ou tel homme.

Le raisonnement lui nous permet de connaître les causes des choses. C’est sur ce point précis qu’il trouve sa supériorité sur l’expérience, qui se contente de noter comme un fait l’existence des choses, sans chercher leur cause.

La philosophie, autrement dit la sagesse, a pour objet les causes et les principes des choses.


C’est dans ce livre de la Métaphysique qu’on trouve exprimée la célèbre idée selon laquelle à l’origine comme aujourd’hui, c’est l’étonnement et l’admiration qui conduisirent les hommes à la philosophie.

Le philosophe est donc celui qui, comme l’enfant aux premiers jours, s’étonne et s’émerveille des phénomènes qui l’entourent ; et que ce qui est soit, et qu’il soit tel.

Parmi les sciences, sont particulièrement philosophiques celles que l’on recherche pour elles-mêmes et non pour un quelconque avantage matériel.


Puisque connaître une chose, c’est en connaître la cause, il faut acquérir la science des causes premières.

C’est alors pour Aristote l’occasion de procéder à un rapide bilan des différents genres de causes identifiés dans la Physique :

-la cause essentielle : « ce qui fait qu’elle est ce qu’elle est »

-la cause matérielle : la matière de la chose

-la cause motrice : l’origine du mouvement de la chose

-la cause finale : le but final pour lequel la chose est faite autrement dit le bien de la chose puisque le bien est la fin dernière de tout ce qui se produit et se meut en ce monde.


Cela amène Aristote à revisiter l’histoire de la philosophie, en attribuant un même caractère commun aux philosophes qui l’ont précédé (essentiellement, les présocratiques : Anaximandre, Empédocle, etc.).

Ceux-ci auraient privilégié la cause matérielle. Cette valeur particulière accordée à ce type de cause viendrait de l’idée, non encore explicitée, de substance : sous les changements divers que connaîtrait la réalité (les accidents), se maintient une substance matérielle fixe : le feu (Héraclite), l’air (Anaximène), l’eau (Thalès). Les présocratiques étaient d’accord sur ce principe d’une substance matérielle, cause de toute chose, mais divergeaient simplement sur sa nature.

L’insuffisance de cette conception vient de son incapacité à expliquer le mouvement. D’où vient le mouvement des choses ? Un morceau de fer, dans son inertie, ne peut transmettre du mouvement à quoi que ce soit : la matière seule ne peut expliquer le mouvement.

Certains présocratiques, comme Parménide ou Zénon d’Elée, en vinrent, de manière absurde, à nier l’existence du mouvement, pour préserver leur fascination pour la cause matérielle.

Mais il faut admettre l’évidence du mouvement et il faut donc qu’il y ait une cause motrice.

Mais matière et mouvement ne peuvent expliquer le Bien, l’ordre et la régularité de l’univers. Il faut que ce soit une intelligence, et non simplement la matière ou le mouvement qui soit à l’origine de l’univers, entendu comme cosmos (tout ordonné) et non comme chaos.

C’est là l’apport d’un autre présocratique, Anaxagore, seul sage dans un banquet de gens ivres.


Aristote rentre dans le détail des doctrines des présocratiques pour tâcher d’en montrer les insuffisances.

Ainsi l’Amour est pour Parménide à la fois cause finale et cause motrice, c’est-à-dire le principe universel de toute chose. Mais comme dans l’univers il n’y a pas que de l’amour et de la beauté, mais de la haine et de la laideur, Empédocle propose lui le système de l’Amour et de la Discorde.


Anaxagore lui pose comme principe universel l’Intelligence (noûs). Mais Aristote lui reproche de n’utiliser cette notion que par défaut, lorsqu’il est embarrassé pour trouver la cause directe d’un phénomène.

Pour Démocrite, les principes sont l’Etre et le Non-Etre, ou le vide et le plein. Les choses se différencient selon leur forme (A et N), leur ordre (AN et NA) et leur position (N et Z)


Les Pythagoriciens considèrent pour leur part que les principes des mathématiques sont aussi les principes de tous les êtres1.

Par exemple, telle modification des nombres est la justice ; telle autre est l’âme et la raison, etc.

Parce que l’harmonie se ramène à des nombres proportionnels, ils en infèrent qu’il en va de même pour toute chose, et ils firent du monde, considéré dans son ensemble, une harmonie et un nombre.


Ce qu’Aristote reproche de manière générale aux présocratiques, c’est qu’ils ne se sont occupés que de deux causes sur quatre. La plupart s’en sont tenus à la cause matérielle. Les plus évolués sont allés jusqu’à la cause motrice.

Mais leur grand mérite est d’avoir initié la recherche du principe des choses.


Aristote en vient à l’examen de la doctrine platonicienne des Idées. Aristote cherche dans la Métaphysique l’origine d’une telle théorie. Pour lui, cela vient de sa formation intellectuelle, auprès des Pythagoriciens (ce en quoi il découvre l’intelligible), de Cratyle (disciple d’Héraclite) qui lui révèle que le sensible change sans cesse et de Socrate, auprès duquel il porte son attention sur les questions ayant trait à la morale, et sur la recherche de définitions.

L’intérêt de Platon pour les définitions vient de ce qu’elles permettent d’accéder à l’universel, et donc au monde intelligible. Les choses sensibles ne sont pas définissables, en tant qu’elles sont prises dans un flux perpétuel et sont toujours en train de changer.

Platon appelle Idées ces êtres intelligibles, définissables parce qu’universels.

Aristote développe ici sa célèbre critique de la théorie platonicienne.


Pour Platon, un être sensible trouve son identité par sa participation à telle ou telle Idée. C’est en participant à l’idée d’Homme que Socrate est un homme. Mais Aristote relève le caractère flou de cette notion : Participation : Platon laissait à qui le voudrait le soin d’expliquer ce qu’on doit entendre par là. Plus loin, il dira que ce sont des mots parfaitement vides et de simples métaphores, bonnes pour la poésie.

Pour Platon, les Idées sont le principe premier, car elles sont causes de tout le reste. Il ne fait donc usage que de la cause formelle (l’Idée) et de la cause matérielle. Or le problème est que les Idées platoniciennes ne peuvent servir de cause motrice. En tant qu’elles sont immobiles, elles n’expliquent que le repos. Donc la doctrine platonicienne est insuffisante pour expliquer le monde tel qu’on le voit, en mouvement.

Platon n’a donc pas trouvé la cause des êtres, mais il a créé d’autres êtres. Comme si quelqu’un, ayant à compter un assez petit nombre de choses et pensant ne pas pouvoir en venir à bout, allait multiplier ce nombre en s’imaginant par là les compter plus aisément.


Ainsi l’Idée apparaît dans la Métaphysique comme un redoublement inutile de la chose : les Idées sont aussi nombreuses que les choses.

Ensuite, on ne sait pas pour quelle chose il y a des Idées : pour tout ce qu’on peut savoir ? Y a-t-il des Idées des négations ? Des termes relatifs (avec, de…) ? Des accidents ? Il évoque, sans l’exposer, le problème du « troisième homme », ainsi qu’on l’appelle traditionnellement : y a-t-il une Idée de l’Idée ? Puis une Idée de l’Idée d’Idée, etc.

L’idée est-elle dans la chose, auquel cas il n’y a pas de monde intelligible distinct, ou hors de la chose ? Dans ce dernier cas, on ne peut donc comprendre les choses à partir des Idées, puisqu’elles ne sont pas en elles.

Dans les deux cas, la notion d’Idée est inutile.


Comment d’autre part comprendre que l’essence d’une chose puisse tenir hors de la chose (dans la réalité intelligible), puisque l’essence est ce qui est le plus intime à la chose ?

On trouvera d’autres arguments critiques à l’encontre de la théorie platonicienne au livre B.

Livre α
La recherche de la vérité est à la fois facile (car personne n’y échoue complètement), et difficile, car personne ne peut l’atteindre complètement.


Connaître la vérité (d’un phénomène, etc), c’est en connaître la cause : on ne peut pas savoir la vérité si l’on ne connaît pas la cause1.

Les vérités éternelles sont celles qui portent sur les principes (ceux dont procèdent toute chose), puisqu’ils sont eux-mêmes éternels


Une cause est elle-même l’effet d’une cause antérieure, elle-même ayant une cause antérieure, etc. Or les causes ne peuvent être infinies en succession directe.

Il doit donc y avoir un principe supérieur premier, et ce pour chacune des quatre séries correspondant aux quatre causes. On doit donc trouver un mouvement initial, une matière première, un but final et une essence première (Aristote développe dans ce passage de la Métaphysique l’argument du troisième Homme, celui de l’Idée de l’Idée de l’Idée).

Cette cause doit être première non pas au sens temporel, mais logique.

Si la série des causes était infinie et ne s’arrêtait pas aux premiers principes, cela aurait un autre tort : anéantir la science. En effet, si nous ne connaissons les choses que quand leurs causes nous sont connues, il nous faudrait un temps infini pour connaître la série infinie des causes d’un objet.


Quelles méthodes utiliser en physique ? Faut-il utiliser les mathématiques pour l’étude de la nature ? Non. La mathématique, science des choses intelligibles, n’est de mise que pour celles qui sont sans matière. De ce fait, ce n’est point là la méthode qu’il faut adapter dans l’étude de la nature, puisque la nature toute entière, peut-on dire, n’est que matière.


Livre B
Aristote pose dans ce livre de la Métaphysique une multitude de questions.

Parmi celles-ci :

Est-ce à une seule science ou à plusieurs qu’il appartient d’étudier les causes des choses ?

La science en question doit-elle se borner à connaître les premiers principes de l’Etre, et pas par exemple, les principes de démonstration ?

Doit-elle étudier seulement les substances, ou aussi les attributs ?

Connaît-on mieux une chose par les genres desquels elle relève ou par les éléments dont elle est composée ?


On trouve ici encore une critique de la théorie platonicienne. Celle-ci ne consiste qu’à attribuer l’éternité aux choses : c’est à peu près commettre la faute de ceux qui, tout en croyant à l’existence des Dieux, leur donnent une figure humaine ; et de même que ces Dieux prétendus ne sont absolument que des hommes à qui l’on accorde l’éternité, de même les Idées ne sont que des objets sensibles, qu’ils font également éternels.

On rencontre aussi les difficultés liées aux entités intermédiaires entre les Idées et les objets sensibles, comme les nombres.

Aristote montre que dans le mouvement doit rester quelque chose de fixe : la forme, sinon on tomberait dans le paradoxe du mouvement absolu.

La forme doit exister, sinon il n’y aurait science de rien. Néanmoins, elle doit exister dans l’objet, et non comme le pense Platon dans une autre réalité.


Livre Γ
Aristote repose la question : faut-il une science distincte pour les principes ? Ici, il y répond : oui, il y a une science spéciale, distincte des autres. Il la nomme science de l’être en tant qu’être.

Il faut remarquer qu’il ne donne pas d’autres noms à cette discipline, et qu’il ne l’appelle pas métaphysique par exemple.

La notion d’être est plurivoque (elle renvoie à plusieurs significations), mais ces divers sens ont un point commun. Ainsi, l’être peut faire l’objet d’une seule et même science.

Cette science doit étudier l’être en tant qu’être (c’est-à-dire, ainsi qu’on vient de le voir les principes de l’étant), mais également les axiomes, autrement dit les principes de la pensée par laquelle elle va pouvoir mener cette étude.

La pensée doit, pour mener à bien cette étude essentielle, utiliser les principes les plus solides. Or quel peut être le plus inébranlable de tous les principes1 ?


Il s’agit du principe de non-contradiction, qu’Aristote, sans le nommer comme tel, définit ainsi : il est impossible qu’une seule et même chose soit, et tout à la fois ne soit pas, à une même autre chose, sous le même rapport.

Cela ne concerne pas seulement les choses, mais aussi les idées : les hommes ne se contredisent pas dans leurs pensées : ils ne peuvent donner leur assentiment en même temps à deux thèses adverses.

Le principe de non-contradiction est pourtant nié par certains philosophes. Aristote se réfère ici à Héraclite.


Aristote ne va pourtant pas chercher à démontrer ce principe. En effet, en tant que principe, il est indémontrable (sinon, on pourrait remonter dans la série des causes, et ce ne serait justement pas un principe) : il est bien impossible qu’il y ait démonstration de tout sans exception, puisque ce serait se perdre dans l’infini, et que de cette façon, il n’y aurait jamais de démonstration possible.

En fait, il n’y a pas à le fonder contre une attaque. Il est inattaquable – donc il n’y a pas à le fonder, ou le démontrer.

En effet, la proposition qui attaquerait ce principe de non-contradiction ne peut être vraie ou fausse, elle n’a pas de sens. C’est ne rien dire que de faire une telle proposition : un tel homme, en se conduisant ainsi, n’a guère plus de rapport avec nous que n’en a une plante.

Le mot lui-même fonde le principe de non-contradiction. En effet, on ne peut exprimer le nom d’une chose sans dire que la chose est ou n’est point telle chose.

Il faudrait donc que l’adversaire s’arrête de parler.

Pourtant, un même mot n’a-t-il pas plusieurs sens, qui se contredisent ? En fait, chaque sens lui-même ne se contredit pas. Il suffit de choisir le sens que l’on souhaite donner au mot dans telle ou telle phrase.

Si le principe de contradiction était faux, alors tout serait confondu avec tout. Ainsi, ce serait une seule et même chose qu’une trirème, un mur, un homme, si l’on peut indifféremment ou tout affirmer ou nier tout.


Aristote rapproche cette doctrine de Protagoras : l’homme est la mesure de toute chose.

D’après cette idée, si quelqu’un trouve que l’homme n’est pas une trirème, l’homme évidemment n’est pas une trirème. Mais il l’est, si la contradictoire est également vraie.

C’est là également une doctrine proche de celle d’Anaxagore : toutes choses sont confondues les unes avec les autres.

Aristote répond dans la Métaphysique que cette doctrine montre que l’indéterminé est contradictoire, ce qui est vrai ; mais que pour invalider le principe de non-contradiction, il faudrait montrer que le déterminé est contradictoire.

D’autre part, l’action fonde le principe de non-contradiction. En effet, même notre adversaire juge soit bon soit mauvais de tomber dans un précipice puisqu’il fait attention de ne pas y tomber.

De ce fait on peut assurer, à ce qu’il semble, que tout le monde croit à quelque chose d’absolu.


Certains disent qu’il n’existe que du plus ou moins vrai (par exemple, 4=5 serait plus vrai que 4=1000). Or la notion de « plus ou moins vrai » implique celle de vérité absolue, dont on se rapproche plus ou moins.

Si une chose peut être son contraire en puissance, elle ne peut l’être en acte.

D’où vient que le principe de non-contradiction est nié par certains ? Du spectacle des choses sensibles : s’ils ont adopté cette opinion, à savoir que les contradictoires et les contraires peuvent coexister, c’est en observant que les contraires peuvent sortir d’une seule et même source.

Les sens nous amènent en effet des informations contradictoires : le même aliment flatte le goût des uns et révolte le goût des autres.

Mais en fait, cela révèle la faiblesse des sens, facilement trompés. Pour revenir sur l’exemple des aliments, si le vin peut sembler agréable à l’un et désagréable à l’autre, la saveur elle-même ne change pas.


Voilà donc le principe de non-contradiction fondé : Ainsi nous avons établi comme le principe le plus assuré de tous les principes que jamais les deux assertions opposées ne peuvent être vraies à la fois.

C’est sur ce principe que peut s’édifier la science de l’être en tant qu’être.

Aristote présente un nouveau principe indubitable : celui que les scolastiques appelleront « principe du tiers exclu » : il n’est pas possible davantage qu’entre deux propositions contradictoires, il y ait jamais un terme moyen.

* sOURCE /


art. n° 788











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